Stratégie · Étude de cas · Sun Tzu
ReachLocal, Yodle et Geolid : la stratégie qui a fait passer les TPE-PME des Pages Jaunes à Google
« À la guerre, il faut éviter ce qui est fort et frapper ce qui est faible. »
— Sun Tzu, L’Art de la guerre, chapitre VI, § 30 (traduction de l’auteur d’après la version de Lionel Giles, 1910)Au milieu des années 2000, un plombier américain qui voulait des clients achetait un encart dans les Yellow Pages. Il payait pour un an, sans savoir combien d’appels l’annonce lui rapporterait. Ses clients, eux, commençaient déjà à chercher un plombier sur Google. Entre ces deux réalités s’ouvrait un trou de marché : des millions de petites entreprises qui avaient besoin d’être visibles sur internet, mais qui n’avaient ni le temps ni les compétences pour acheter de la publicité Google. Pour la méthode d’analyse, voir les 5 étapes de la démarche marketing.
Deux start-up américaines, ReachLocal et Yodle, ont bâti leur croissance sur ce trou. Leur idée : vendre aux artisans, commerçants et PME une campagne Google clé en main, par des commerciaux de terrain, avec des résultats mesurés en appels. En 2013, ReachLocal réalisait 514 millions de dollars de chiffre d’affaires. Quatre ans plus tôt, en 2009, les deux principaux éditeurs indépendants d’annuaires américains avaient fait faillite.
En France, Geolid, fondée à Lyon en 2008 par trois jeunes diplômés d’EM Lyon, s’est réclamée de ce modèle à partir de 2010, face à un PagesJaunes puissant mais endetté. J’ai vu cette bascule des deux côtés : manager commercial chez Pages Jaunes de 2003 à 2011, puis commercial, formateur des nouveaux commerciaux et responsable commercial chez Geolid.
Cet article reconstitue, chiffres sourcés à l’appui, comment ces entreprises ont analysé le marché, détecté le besoin, construit l’offre et la machine commerciale — et pourquoi elles ont accéléré, sans en être la seule cause, le déclin des annuaires. Chaque étape est lue avec L’Art de la guerre de Sun Tzu. La dernière partie en tire des leçons pour une PME qui cherche son propre trou de marché.
Réponse courte
ReachLocal (fondée en 2003-2004) et Yodle (2004-2005) ont été parmi les premiers à comprendre que les petites entreprises américaines perdaient leurs clients au profit de Google sans savoir y acheter de la publicité. Elles leur ont vendu des campagnes Google clé en main, par des commerciaux de terrain, avec un suivi des appels : ReachLocal a atteint 514 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2013, Yodle plus de 200 millions en 2015. Elles ont accéléré le déclin des Yellow Pages, mais Google, les smartphones et la dette des éditeurs (faillites d’Idearc et de R.H. Donnelley en 2009) en sont les autres causes. En France, Geolid (Lyon, 2008) a, selon la presse lyonnaise de 2010, « pris modèle sur Yodle et Reachlocal » pour concurrencer PagesJaunes, fragilisé par la dette de son LBO de 2006 et par sa dépendance au papier. Les deux modèles ont ensuite été rattrapés par les outils en libre-service de Google.

À retenir
- Selon Borrell Associates, cité par ReachLocal, les petites entreprises américaines ont dépensé 60,5 milliards de dollars en publicité locale en 2008, et seulement 11 % de leurs budgets publicitaires allaient en ligne : c’est le trou de marché.
- ReachLocal et Yodle n’ont pas inventé la publicité Google : elles l’ont rendue achetable par un artisan, grâce à des commerciaux de terrain, un abonnement et des résultats mesurés en appels.
- ReachLocal est passée de 25,6 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2006 à 514 millions en 2013 ; Yodle a dépassé 200 millions en 2015, avec environ 58 000 clients.
- Les Yellow Pages ne sont pas tombées sous leurs seuls coups : Idearc et R.H. Donnelley, écrasés par la dette, ont fait faillite en 2009, en pleine récession et en pleine montée du smartphone.
- En France, Geolid (Lyon, 2008) « a pris modèle sur Yodle et Reachlocal », écrivait la presse lyonnaise en 2010, pour concurrencer PagesJaunes, endetté de près de 1,9 milliard d’euros après son LBO de 2006.
- Le trou de marché s’est refermé : Google a lancé ses outils en libre-service (AdWords Express en 2011), et ReachLocal comme Yodle ont perdu leur indépendance en 2016, ReachLocal pour une valeur bien inférieure à celle de son introduction en Bourse.
- Leçon pour une PME : un trou de marché se trouve entre ce que les clients font déjà et ce qu’ils ne savent pas faire seuls — et il se referme toujours.
Les notions clés
- SEA et SEO
- Le SEA (search engine advertising) désigne les annonces payantes sur un moteur de recherche, comme Google Ads, anciennement AdWords. Le SEO (search engine optimization) désigne le référencement naturel, non payant. On regroupe souvent les deux sous le terme SEM (search engine marketing).
- Trou de marché
- Besoin réel que personne ne sert correctement : ici, des millions de petites entreprises qui devaient être visibles sur Google sans savoir y acheter de la publicité.
- Revendeur (ou régie locale) Google
- Entreprise qui achète de l’espace publicitaire Google pour le compte de petits annonceurs, en ajoutant le conseil, la création des annonces, le suivi et souvent un site web.
- Call tracking
- Numéro de téléphone dédié qui permet de compter les appels générés par une campagne publicitaire, et donc d’en prouver le résultat.
- Attrition (churn)
- Part des clients qui résilient leur abonnement sur une période. C’est le talon d’Achille des modèles d’abonnement vendus aux TPE.
- LBO
- Rachat d’une entreprise financé en grande partie par de la dette, remboursée ensuite par ses flux de trésorerie.
Le trou de marché : les clients sur Google, les budgets dans l’annuaire
Au milieu des années 2000, le marché de la communication locale américaine est gigantesque et fragmenté. Les chiffres qui le décrivent le mieux datent de la fin de la décennie, mais ils photographient un écart déjà ouvert quand ReachLocal et Yodle se lancent. Le prospectus de Yodle (2014), citant le Census Bureau, dénombre plus de 28 millions d’entreprises aux États-Unis. Selon Borrell Associates, cité par ReachLocal dans son document d’introduction en Bourse, plus de 15 millions d’entre elles comptent moins de 50 salariés, et plus de 3 millions dépensent environ 1 200 dollars par mois en publicité. Toujours selon Borrell, les petites entreprises ont consacré 60,5 milliards de dollars à la publicité locale en 2008, et seulement 11 % de leurs budgets publicitaires vont en ligne.
Le premier bénéficiaire de ces budgets est l’annuaire. En 2004, Veronis Suhler Stevenson estime les recettes publicitaires des Yellow Pages américaines à environ 15,6 milliards de dollars. Le modèle est simple et très rentable : un commercial rend visite à l’artisan une fois par an, lui vend un encart plus ou moins grand, et l’annuaire est distribué dans toutes les boîtes aux lettres.
Pendant ce temps, les consommateurs changent d’habitude. En décembre 2009, Google traite 65,7 % des recherches effectuées aux États-Unis selon comScore. En 2010, une étude de BIA/Kelsey et ConStat indique que 97 % des consommateurs utilisent les médias en ligne pour se renseigner avant d’acheter localement, et 90 % un moteur de recherche. « Beaucoup de consommateurs qui cherchaient autrefois une entreprise locale dans les pages jaunes vont désormais en ligne et cherchent sur Google », écrit ReachLocal dans son prospectus de 2009.
L’écart est là : les clients sont sur Google, les budgets sont encore dans l’annuaire. Pourquoi les petites entreprises ne déplacent-elles pas leur publicité elles-mêmes ? Parce qu’acheter des mots-clés, rédiger des annonces, fixer des enchères et mesurer les résultats est un métier. « Les PME n’ont jamais eu à acheter de médias, résume Zorik Gordon, cofondateur de ReachLocal. Elles prenaient leur place dans les Yellow Pages, les journaux, sur des panneaux, puis retournaient à leur activité. »
Le trou de marché n’est donc pas technologique : Google AdWords existe depuis 2000 et n’importe qui peut ouvrir un compte. Il est commercial et organisationnel. Il manque quelqu’un pour aller voir l’artisan, lui expliquer, acheter la publicité à sa place et lui prouver qu’elle rapporte.
ReachLocal : industrialiser la vente de Google aux petites entreprises
ReachLocal est immatriculée en août 2003 dans le Delaware et lancée en 2004 à Woodland Hills, en Californie, autour de Zorik Gordon. Son modèle repose sur deux piliers, décrits dans son prospectus boursier :
- une plateforme technologique qui achète et optimise des annonces sur Google, Yahoo! et Microsoft pour des milliers de petits annonceurs à la fois, et mesure les appels et les demandes de contact qu’elles génèrent ;
- une force de vente directe de conseillers baptisés Internet Marketing Consultants, qui démarchent les entreprises locales une par une.
Gordon assume l’héritage de l’annuaire : ReachLocal entre dans le monde des PME « avec une force de vente vraiment énorme, plus de 1 000 personnes dans le monde, pour rétablir la relation qui existait historiquement avec les commerciaux des Yellow Pages et des journaux ».
La croissance est spectaculaire. Le nombre de conseillers passe de 28 en 2006 à 525 en septembre 2009, puis à 924 fin 2013. Le chiffre d’affaires suit.
ReachLocal : l’ascension et le reflux
Chiffre d’affaires annuel, en millions de dollars
| Année | Chiffre d’affaires | Repère |
|---|---|---|
| 2006 | 25,6 M$ | 28 conseillers commerciaux |
| 2008 | 146,7 M$ | Marge brute d’environ 47 % |
| 2010 | 291,7 M$ | Introduction en Bourse en mai, à 13 $ |
| 2011 | 375,2 M$ | Partenariat mondial avec Google |
| 2013 | 514,1 M$ | Pic : 23 900 annonceurs, 924 conseillers |
| 2015 | 382,6 M$ | Perte de 61,5 M$, sortie du Royaume-Uni |
| 2016 | — | Rachat par Gannett, valeur d’entreprise d’environ 156 M$ |
Sources : ReachLocal, prospectus S-1 (2009), rapports annuels 10-K et communiqués de résultats 2010-2016 ; Gannett (juin 2016). Marge brute calculée par l’auteur à partir des comptes publiés.
Le chiffre le plus instructif est la marge brute. Le coût des ventes de ReachLocal est presque entièrement constitué d’achats de médias, « majoritairement auprès de Google ». En 2013, sa marge brute atteint environ 50 % : sur chaque dollar payé par un artisan, ReachLocal en garde à peu près la moitié pour payer ses commerciaux, sa technologie et son service. C’est le prix de la simplicité — et, on le verra, la faille du modèle.
En avril 2011, Google et ReachLocal annoncent un partenariat stratégique mondial, qui fait de ReachLocal un « partenaire AdWords premier » : le revendeur est devenu un canal d’accès aux petits annonceurs pour Google lui-même.
Yodle : vendre le résultat, pas la publicité
Yodle naît à Philadelphie au milieu des années 2000 — en 2004 selon ses cofondateurs, en 2005 sous le nom de Natpal selon son prospectus — avant de s’installer à New York. Ses fondateurs sont Nathaniel Stevens, Ben Rubenstein et John Berkowitz ; le professeur de Wharton Kartik Hosanagar les rejoint à l’automne 2005. Court Cunningham en prend la direction générale en 2007. Le point de départ est explicitement l’annuaire : les commerces locaux « étaient coincés dans un gros livre jaune statique », et il semblait « inévitable que le marché de la publicité locale de 20 milliards de dollars, alors dominé par les Yellow Pages et la presse locale, soit remplacé par des modèles en ligne dans les cinq à dix ans ».
Yodle se distingue par son discours : il ne vend pas des clics, il vend des clients. Chaque campagne est équipée de numéros de suivi qui comptent les appels, et le client paie un abonnement mensuel qui regroupe la publicité, le site web et le suivi. En 2008, le magazine Forbes raconte l’histoire d’un artisan, M. Whittington, qui dépensait « entre 300 et 700 dollars par mois » en Yellow Pages « sans grand succès ». Après avoir signé avec Yodle : « maintenant, je suis occupé tout le temps ».
La croissance suit le même schéma que celle de ReachLocal, avec des bureaux commerciaux à New York, Austin, Charlotte, Boston et Scottsdale.
Yodle en chiffres
Chiffre d’affaires et nombre de clients
| Période | Chiffre d’affaires | Clients |
|---|---|---|
| Début 2009 | ≈ 30 M$ en rythme annuel | Plus de 5 000 |
| 2011 | 87,6 M$ | 27 200 |
| 2012 | 132,3 M$ | 29 300 |
| 2013 | 161,9 M$ | 42 000 |
| 2015 | Plus de 200 M$ | ≈ 58 000, ≈ 1 400 salariés |
| 2016 | Rachat par Web.com pour 342 M$ | |
Sources : TechCrunch (janvier 2009), prospectus S-1 de Yodle (juillet 2014), Web.com (février 2016).
Le prospectus de 2014 dit aussi, avec franchise, ce qui fragilise le modèle : « Nous avons historiquement connu un taux de rotation élevé de notre clientèle, en particulier dans la première année. » Beaucoup de petites entreprises, rappelle-t-il, sont « plus habituées à des méthodes de publicité traditionnelles, comme les journaux ou les annuaires ».
Une offre qui fait naître le besoin
En 2005, la plupart des artisans ne se disent pas : « il me faut une campagne Google ». Ils se disent : « le téléphone sonne moins ». Le génie commercial de ReachLocal et de Yodle est d’avoir relié un problème ressenti à une solution que le client ne connaissait pas. Leur offre tient en quatre éléments, qui répondent chacun à une objection.
Anatomie de l’offre
Chaque composant lève une objection du dirigeant de TPE
| Composant | Objection levée | Ce que l’annuaire ne pouvait pas offrir |
|---|---|---|
| Un commercial qui se déplace | « Je n’y connais rien, je n’ai pas le temps » | Rien : c’est ce que l’annuaire faisait déjà, et ce que ces start-up ont copié |
| La gestion complète de la campagne | « Google, c’est compliqué » | — |
| Le suivi des appels et des contacts | « Comment je sais que ça marche ? » | Une preuve de résultat, mois par mois |
| Un abonnement mensuel | « Je ne veux pas m’engager pour un an sur un encart » | Un budget ajustable et des résultats visibles rapidement |
Analyse de l’auteur à partir des prospectus de ReachLocal (2009) et de Yodle (2014).
Le suivi des appels change la nature de la vente. Le commercial de l’annuaire vendait une visibilité : un emplacement, une taille d’encart, une promesse d’être vu. Le commercial de ReachLocal ou de Yodle vend une mesure : tant d’appels ce mois-ci, pour tel coût. Face à un argument chiffré, l’annuaire, qui ne pouvait pas dire combien d’appels il générait, devient difficile à défendre à chaque renouvellement.
C’est aussi ainsi que naît le besoin chez le consommateur : plus les petites entreprises apparaissent sur Google, plus la recherche en ligne devient le réflexe pour trouver un plombier, un restaurant ou un avocat. Et plus les consommateurs cherchent sur Google, plus l’annuaire perd de sa valeur pour les annonceurs.
La chute des Yellow Pages : ce que ReachLocal et Yodle ont fait, et ce qu’ils n’ont pas fait
L’effondrement des annuaires américains est rapide et brutal. En 2009, les deux principaux éditeurs indépendants font faillite à deux mois d’intervalle :
- Idearc, l’activité annuaires séparée de Verizon en 2006 avec environ 9 milliards de dollars de dette, se place sous la protection du chapitre 11 le 31 mars 2009. Son dirigeant parle d’un « bilan en phase terminale ».
- R.H. Donnelley, l’éditeur des annuaires Dex, fait de même le 28 mai 2009, lui aussi écrasé par la dette. Il en ressort en 2010 sous le nom de Dex One, allégé de plus de 6 milliards de dollars de dette.
La suite est une longue liquidation : AT&T cède 53 % de son activité annuaires à Cerberus en 2012, alors que son chiffre d’affaires a reculé de 16 % en un an ; Dex One et SuperMedia (ex-Idearc) fusionnent en 2013, avant une nouvelle faillite en 2016. En 2010, New York et le New Jersey autorisent Verizon à cesser de distribuer automatiquement les pages blanches : selon une étude Gallup citée par l’opérateur, seuls 11 % environ des foyers les utilisaient encore en 2008. En 2019, les annuaires papier ne pèsent plus que 0,7 % des recettes des médias locaux américains, selon BIA/Kelsey.
ReachLocal et Yodle ont-ils « tué » les Yellow Pages ? Non. Ils ont été des accélérateurs parmi d’autres causes :
- Google et la recherche en ligne, qui ont déplacé l’usage des consommateurs, avant même que les annonceurs suivent ;
- le smartphone : l’iPhone sort le 29 juin 2007, l’App Store en juillet 2008 ; en 2011, 35 % des adultes américains possèdent un smartphone, 56 % en 2013, et environ 40 % des recherches mobiles sont locales selon Google ;
- la dette des éditeurs, héritée de leurs séparations d’avec les opérateurs téléphoniques et de leurs rachats, qui les a empêchés d’investir dans le numérique au moment décisif ;
- la récession de 2008-2009, qui a fait couper aux petites entreprises les budgets dont elles mesuraient mal le retour.
La contribution de ReachLocal, de Yodle et de leurs concurrents a surtout été de faciliter le transfert des budgets : ils ont offert aux annonceurs un moyen concret de quitter l’annuaire, au moment où ses lecteurs le quittaient déjà. Leur poids exact dans le déclin est impossible à isoler.
Quand Google referme le trou de marché
Le trou de marché exploité par ReachLocal et Yodle avait une fragilité : il dépendait d’un fournisseur, Google, qui avait tout intérêt à le refermer lui-même. Google s’y emploie méthodiquement :
- avril 2010 : Google Places, où 4 millions d’entreprises ont déjà revendiqué leur fiche ;
- juillet 2011 : AdWords Express, présenté comme « un moyen plus rapide et plus simple de commencer à faire de la publicité en ligne en moins de cinq minutes » ;
- juin 2014 : Google My Business, qui regroupe la fiche, les avis et les statistiques ;
- 2018 : les campagnes intelligentes (Smart campaigns) de Google Ads, pensées pour les petites entreprises.
Chaque outil en libre-service réduit la valeur de l’intermédiaire. Les revendeurs, qui gardent environ la moitié de la dépense du client, deviennent difficiles à justifier pour un artisan qui peut faire lui-même une partie du travail. S’y ajoute l’attrition : en mars 2015, la dirigeante de ReachLocal, Sharon Rowlands, reconnaît que tout le secteur — YP, Yodle, ReachLocal et Google compris — souffre d’un « churn massif ». ReachLocal perd 45 millions de dollars en 2014 et 61,5 millions en 2015.
L’année 2016 marque la fin de l’indépendance des deux pionniers. En février, Yodle renonce à son introduction en Bourse et accepte d’être racheté par Web.com pour 342 millions de dollars. En juin, Gannett rachète ReachLocal pour une valeur d’entreprise d’environ 156 millions de dollars — alors que la société valait environ 378 millions lors de son introduction en Bourse en 2010. L’activité de ReachLocal vit aujourd’hui chez Gannett sous la marque LocaliQ.
PagesJaunes en 2008 : un géant rentable, mais fragilisé
En France, le décor ressemble à celui des États-Unis, avec un acteur dominant : PagesJaunes. En 2008, le groupe réalise 1,19 milliard d’euros de chiffre d’affaires avec une marge brute opérationnelle de 46 %. Son site est alors le 6e site français, avec plus de 15 millions de visiteurs uniques en décembre 2008. En apparence, rien ne menace ce leader. En réalité, trois faiblesses s’accumulent.
Première faiblesse : la dette du LBO de 2006
Le 11 octobre 2006, France Télécom cède 54 % de PagesJaunes à Médiannuaire, une structure détenue à environ 80 % par des fonds de KKR et à 20 % par Goldman Sachs, pour 3,3 milliards d’euros. Dans la foulée, PagesJaunes verse un dividende exceptionnel de 9 euros par action, soit environ 2,5 milliards d’euros, financé par un emprunt de 1,95 milliard d’euros. L’entreprise, qui avait de la trésorerie, se retrouve avec une dette nette de 1,87 milliard d’euros fin 2006, puis 1,88 milliard fin 2008. Chaque année, une part importante de ses bénéfices part rembourser et rémunérer cette dette, au lieu de financer la transformation numérique.
Deuxième faiblesse : la dépendance au papier
En 2008, l’annuaire imprimé rapporte encore 617,7 millions d’euros, plus que l’internet (432,8 millions). Les internautes ne basculeront dans le chiffre d’affaires qu’en 2011, quand l’internet (575 millions d’euros) dépasse enfin l’imprimé (490,7 millions). Le modèle commercial reste bâti sur la vente annuelle d’une parution, avec des équipes et des habitudes façonnées par le papier.
Troisième faiblesse : le mobile, du WAP au smartphone
PagesJaunes n’a pas ignoré le mobile : une première version de pagesjaunes.fr pour l’internet mobile, sur la technologie WAP, existe dès décembre 2000, et le service de renseignements 118 008 est lancé en 2005. Mais l’internet mobile de l’époque, lent et coûteux, reste marginal : en 2008, le groupe ne compte que 1,2 million de visites mobiles par mois, sur 72 millions. L’application iPhone de PagesJaunes n’arrive qu’en décembre 2008.
Le vrai changement vient du smartphone, et c’est Google qui en profite. Google Maps arrive en France en avril 2007, avec la recherche d’entreprises locales et une version mobile. Google traite alors déjà environ 90 % des recherches en France, selon l’Autorité de la concurrence. Quand l’iPhone puis Android démocratisent l’internet mobile, la recherche locale se fait de plus en plus dans Google et Google Maps — pas dans un site d’annuaire consulté sur un écran WAP.
En 2009, le marché français des liens sponsorisés pèse déjà 880 millions d’euros. Mais pour la plupart des artisans, Google reste un univers inconnu. C’est exactement le trou de marché que ReachLocal et Yodle ont exploité aux États-Unis.
Geolid : importer le modèle de Yodle à Lyon
Geolid est immatriculée à Lyon le 19 mai 2008. Ses trois fondateurs sortent tout juste d’EM Lyon : Gautier Cassagnau, qui en devient le président, Mickaël Cabrol, directeur commercial, et Guillaume de Neuvier, directeur technique. Aucun ne vient des annuaires : Gautier Cassagnau a dirigé le Petit Paumé, le guide des sorties à Lyon réalisé par des étudiants et financé par la publicité locale. Leur premier projet, en 2008, un réseau social de voisinage baptisé Voisineo, est abandonné au profit de la publicité locale.
L’inspiration est assumée. En 2010, au moment de sa première levée de fonds (1,8 million d’euros auprès d’A Plus Finance), Lyon Entreprises écrit que « Geolid a pris modèle sur Yodle et Reachlocal, deux entreprises américaines connaissant un succès considérable », avec l’objectif de « concurrencer […] les Pages Jaunes, le leader français ». Gautier Cassagnau avance alors un chiffre : plus de 80 % des recherches locales se font déjà en ligne, alors que les budgets publicitaires des commerces restent dans les médias traditionnels. Ce n’est pas la même mesure que les chiffres américains cités plus haut, mais c’est le même décalage : les clients cherchent en ligne, les budgets restent ailleurs.

Geolid en bref
- Création
- 19 mai 2008, Lyon
- Fondateurs
- Gautier Cassagnau, Mickaël Cabrol, Guillaume de Neuvier (EM Lyon)
- Modèle
- Annuaires locaux et suivi d’appels (2010), puis site web et annonces Google pour TPE-PME (2013)
- Inspiration
- Yodle et ReachLocal (Lyon Entreprises, 2010)
- Fonds levés
- 29,8 M€ au total entre 2010 et 2018
- Aujourd’hui
- Plateforme « Brand to Local » pour les réseaux d’enseignes
À lire : « Geolid, la pépite de la publicité géolocalisée », Les Échos Entrepreneurs (nouvelle fenêtre)
L’offre : un site, Google et un téléphone qui sonne
L’offre de Geolid a évolué avant de ressembler pleinement à celle de Yodle. En 2010, l’entreprise édite une quarantaine d’annuaires locaux thématiques en ligne, associés à un suivi des appels. En 2013, elle vend un site internet clé en main, des annonces sur Google ciblées autour du point de vente et un suivi des appels avec un compte rendu quotidien des appels entrants. La promesse est chiffrée : « un euro dépensé doit rapporter au minimum cinq euros de chiffre d’affaires », sur certaines zones et certains métiers, précise l’entreprise. Le client s’engage sur un abonnement annuel ; selon l’entreprise, 70 à 80 % des clients le renouvellent.
Face à PagesJaunes, l’argument central est celui de la mesure. « Les propositions actuelles que sont les Pages Jaunes ou la presse quotidienne régionale n’offrent pour eux aucune assurance de résultats », explique Gautier Cassagnau en 2013. Geolid obtient en 2014 le label « Google Régie Locale », puis, plus tard, le statut de Google Premier Partner.
La machine commerciale : des agences et une trame de vente
Comme ses modèles américains, Geolid mise sur une force de vente de terrain, organisée en agences régionales, d’abord dans les grandes métropoles, puis dans des villes moyennes. Le potentiel est immense : « Notre marché potentiel comprend près de 700 000 clients. Nous n’en avons pour l’heure que… trois mille », résume Gautier Cassagnau en 2013.
La croissance de Geolid
Chiffre d’affaires, effectifs et financements publiés
| Année | Chiffre d’affaires | Repères |
|---|---|---|
| 2010 | Plus de 0,5 M€ de prises de commandes | Levée de 1,8 M€ (A Plus Finance) |
| 2011 | 1,8 M€ | Développement commercial hors de Lyon |
| 2012 | 4 M€ | Levée de 3 M€ en janvier 2013 |
| 2013 | ≈ 7 à 8 M€ | 115 à 120 salariés, 3 000 clients |
| 2014 | Plus de 11 M€ | Label Google Régie Locale |
| 2015-2016 | — | Levée de 10 M€ (2015) ; environ 200 salariés |
| 2018 | — | Levée de 15 M€ (Idinvest) ; virage vers les réseaux d’enseignes |
| 2019 | ≈ 15 M€ | ≈ 200 salariés ; départ de Gautier Cassagnau de la présidence |
Sources : Lyon Entreprises (2010, 2013, 2015), FrenchWeb (2013, 2016), registre officiel des entreprises, ChannelNews (2018), Stratégies (2019). Les chiffres d’affaires sont ceux communiqués à la presse ; aucun chiffre n’a été publié après 2019.
Après la ruée : le virage vers les réseaux d’enseignes
Geolid se heurte aux mêmes limites que ses modèles américains. En 2015, l’entreprise vise 20 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016 et 100 millions en 2020 ; elle en réalise environ 15 millions en 2019. Les outils en libre-service de Google progressent, et PagesJaunes, devenu Solocal, revend lui aussi de la publicité Google depuis 2015.
À partir de 2018, Geolid change de cible : plutôt que de démarcher des TPE une par une, elle vend une plateforme de marketing local aux réseaux d’enseignes — concessionnaires, franchises, agences immobilières — qui doivent gérer la visibilité de centaines de points de vente. Nathalie Andrieux prend la direction générale en avril 2018 ; Gautier Cassagnau quitte la présidence en 2019 tout en restant actionnaire. En 2023, l’entreprise se repositionne comme plateforme « Brand to Local », avec des clients comme McDonald’s, Jaguar Land Rover ou Yamaha. En 2026, Geolid est toujours indépendante ; le registre officiel la classe dans la tranche de 20 à 49 salariés.
De PagesJaunes à Solocal : la guerre perdue du leader
PagesJaunes n’est pas resté immobile : il a basculé l’essentiel de son chiffre d’affaires vers l’internet dès 2011, s’est rebaptisé Solocal en 2013 et s’est mis en 2015, lui aussi, à revendre des annonces Google, alors qu’il comptait quelque 600 000 clients au total. Mais il a mené cette transformation avec une dette de près de 2 milliards d’euros, et contre des concurrents qui n’avaient pas de papier à protéger.
PagesJaunes puis Solocal : quinze ans de reflux
Chiffre d’affaires et principaux événements
| Année | Chiffre d’affaires | Événement |
|---|---|---|
| 2006 | 1 124,5 M€ | LBO de KKR et Goldman Sachs ; dividende exceptionnel d’environ 2,5 Md€ |
| 2008 | 1 192,8 M€ | Pic du chiffre d’affaires ; l’imprimé pèse encore plus que l’internet |
| 2011 | 1 101,6 M€ | L’internet dépasse l’imprimé (52 % du chiffre d’affaires) |
| 2013 | — | PagesJaunes devient Solocal |
| 2014-2017 | — | Augmentation de capital (2014), puis restructuration financière (2017) |
| 2018 | — | Suppression de 1 000 postes sur 4 400 |
| 2019-2020 | 584 M€ (2019) | Dernières éditions des PagesBlanches (2019) et des PagesJaunes papier (2020) |
| 2024 | — | Prise de contrôle par Ycor, présidée par Maurice Lévy ; dette ramenée à environ 45 M€ selon la CFE-CGC |
| 2025 | 324,5 M€ | 195 000 clients |
Sources : documents de référence de PagesJaunes (2006-2012), communiqués de Solocal (2024, 2026), CFE-CGC Orange (2024), Graphiline (2019), France Bleu (2018).
Le parallèle avec les États-Unis est frappant. Des deux côtés de l’Atlantique, les éditeurs d’annuaires ont affronté la bascule numérique avec des bilans alourdis par la dette : séparations d’avec les opérateurs téléphoniques et rachats par effet de levier aux États-Unis, LBO et dividende exceptionnel en France. Et des deux côtés, des acteurs plus petits, sans papier à protéger, ont capté les budgets des petites entreprises en leur vendant ce que Google ne savait pas encore leur vendre directement.
La principale différence tient à l’issue : les grands éditeurs américains ont fait faillite dès 2009, tandis que PagesJaunes a survécu au prix de restructurations successives. Mais en 2025, Solocal réalise un chiffre d’affaires de 324,5 millions d’euros, contre 1,19 milliard en 2008 : près des trois quarts ont disparu.
Lecture Sun Tzu : ce que L’Art de la guerre éclaire, et ses limites
De l’annuaire à Google, lu avec Sun Tzu
Principe, chapitre et application au cas
| Principe de Sun Tzu | Chapitre | Application |
|---|---|---|
| Connaître l’ennemi et se connaître | III | Voir que les clients sont sur Google et que les budgets sont encore dans l’annuaire |
| Direct pour engager, indirect pour vaincre | V | Google comme arme visible, la relation commerciale comme arme décisive |
| Éviter le fort, frapper le faible | VI | Attaquer l’absence de mesure de l’annuaire, pas sa distribution |
| Surgir là où l’on n’est pas attendu | I | Démarcher l’artisan au moment du renouvellement, région par région |
| L’occasion est fournie par l’ennemi | IV | Dette, papier, mobile : des faiblesses du leader que les entrants ont exploitées |
| Les calculs avant la bataille | I | Un LBO de 2006 adossé à des flux que Google allait réduire |
| La guerre prolongée ruine | II | Des éditeurs endettés face à une bascule de dix ans |
| Viser la victoire, pas les longues campagnes | II | Un trou de marché se referme : il faut préparer l’avantage suivant |
Citations traduites par l’auteur d’après la version anglaise de Lionel Giles (1910), consultable sur le site du MIT.
La grille est utile, à condition d’en connaître les limites.
- Le vrai vainqueur n’est pas dans le tableau. Google a gagné sans livrer bataille : les revendeurs lui ont apporté des centaines de milliers de petits annonceurs, puis il a proposé ses propres outils. Si l’on cherche l’application du « vaincre sans combattre » de Sun Tzu, c’est chez lui qu’on la trouve.
- Un marché n’est pas une guerre à deux. Les annonceurs et les consommateurs n’étaient pas des territoires à conquérir : ils ont choisi, et beaucoup y ont gagné en visibilité mesurable.
- Le récit a posteriori simplifie. ReachLocal, Yodle et Geolid ont tâtonné, changé d’offre et connu des pertes. Leur réussite initiale ne dit pas qu’ils avaient tout prévu.
7 leçons pour trouver et exploiter un trou de marché
Une PME n’a pas besoin de lever des dizaines de millions pour appliquer ces leçons. Le mécanisme — repérer un décalage entre l’usage des clients et l’offre en place, puis le combler mieux que les autres — se retrouve dans la plupart des marchés.
1. Cherchez l’écart entre l’usage et le budget
Le trou de marché de ReachLocal tenait en deux chiffres : les consommateurs cherchaient en ligne, mais seulement 11 % des budgets publicitaires des petites entreprises allaient en ligne, selon Borrell Associates. Dans votre marché, où les clients sont-ils déjà partis alors que l’argent n’a pas encore suivi ?
Question à se poser : quel comportement de mes clients a changé plus vite que leurs dépenses ?
2. Vendez ce que le client ne sait pas faire seul
Google AdWords était accessible à tous ; la compétence pour s’en servir ne l’était pas. La valeur n’était pas dans l’outil mais dans le service qui le rendait utilisable par un artisan.
Question à se poser : quel outil mes clients ont-ils à disposition sans savoir l’exploiter ?
3. Vendez un résultat mesurable, pas une promesse
Le suivi des appels a transformé une dépense de visibilité en investissement mesuré. Un concurrent installé qui ne peut pas mesurer son résultat est vulnérable à chaque renouvellement.
Question à se poser : quel indicateur simple prouve à mon client que je lui rapporte plus que je ne lui coûte ?
4. Reprenez la relation du sortant
ReachLocal a assumé de « rétablir la relation » que l’artisan avait avec le commercial des annuaires. Ne cherchez pas à supprimer l’habitude de vos clients : prenez sa place avec une meilleure offre.
Question à se poser : qui mes clients reçoivent-ils déjà en rendez-vous, et que leur vend-il ?
5. Formez une force de vente à une trame, pas à un catalogue
ReachLocal est passée de 28 à plus de 900 conseillers, Geolid de quelques commerciaux à plusieurs agences. Cette croissance n’est possible qu’avec une trame de rendez-vous reproductible et une formation des nouveaux entrants.
Question à se poser : un commercial recruté lundi peut-il mener un bon rendez-vous vendredi ?
6. Méfiez-vous de votre fournisseur autant que de vos concurrents
Le modèle des revendeurs reposait sur Google, qui a fini par proposer ses propres outils aux petites entreprises. Si votre activité dépend d’une plateforme, prévoyez le jour où elle servira vos clients sans vous. Côté TPE, la même prudence vaut pour un site loué avec un abonnement : il peut s’arrêter avec le contrat. Un site dont vous restez propriétaire reste un actif, quel que soit le prestataire.
Question à se poser : que resterait-il de ma valeur si mon principal fournisseur vendait directement à mes clients ?
7. Si vous êtes le leader, protégez votre capacité d’investir
PagesJaunes et les éditeurs américains ont dû financer leur transformation tout en remboursant une dette massive, ce qui a pesé lourd dans leur recul. Face à un nouvel entrant, votre trésorerie est votre première ligne de défense.
Question à se poser : combien pourrais-je investir demain si un concurrent changeait les règles de mon marché ?
Utiliser ce cas en cours ou dans un mémoire
Le cas ReachLocal–Yodle–Geolid illustre la manière dont une innovation d’usage (la recherche sur Google) crée un trou de marché, puis comment ce trou se referme. Trois grilles s’y appliquent bien.
- Les cinq forces de Porter : la menace des produits de substitution (Google remplace l’annuaire), puis le pouvoir du fournisseur (Google face aux revendeurs).
- L’analyse de la segmentation : ReachLocal et Yodle ciblent des métiers précis (artisans, professions de santé, services à domicile), là où la recherche locale génère des appels.
- Le cycle de vie d’un modèle d’intermédiation : création de valeur quand l’outil est complexe, érosion quand il se simplifie.
Sujets de mémoire possibles : « Un intermédiaire peut-il survivre quand sa plateforme vend en direct ? » ; « La mesure du résultat comme arme concurrentielle face à un leader » ; « Endettement et capacité d’adaptation : les éditeurs d’annuaires face à Google ». Pour les sources, privilégiez les prospectus boursiers (S-1) et les documents de référence de PagesJaunes, cités en fin d’article.
Chronologie : de l’annuaire à Google
États-Unis et France, 2000-2026
| Date | Événement |
|---|---|
| 2000 | Lancement de Google AdWords ; première version mobile (WAP) de pagesjaunes.fr |
| 2003-2004 | Création de ReachLocal (Californie) |
| 2004-2005 | Création de Yodle (Philadelphie, puis New York) |
| Oct. 2006 | LBO de PagesJaunes par KKR et Goldman Sachs |
| 2007 | iPhone aux États-Unis (juin) ; Google Maps en France (avril) |
| Mai 2008 | Création de Geolid à Lyon |
| Déc. 2008 | Application iPhone de PagesJaunes |
| Mars-mai 2009 | Faillites d’Idearc et de R.H. Donnelley |
| Mai 2010 | Introduction en Bourse de ReachLocal ; première levée de fonds de Geolid, qui se réclame de Yodle et de ReachLocal |
| 2011 | Google lance AdWords Express (juillet) ; sur l’ensemble de l’année, l’internet dépasse l’imprimé chez PagesJaunes |
| 2013 | Pic de ReachLocal (514 M$) ; PagesJaunes devient Solocal ; Geolid vend site et annonces Google |
| 2016 | Rachats de Yodle par Web.com et de ReachLocal par Gannett |
| 2018 | Geolid se tourne vers les réseaux d’enseignes |
| 2020 | Dernière édition papier des PagesJaunes |
| 2024 | Ycor prend le contrôle de Solocal |
Sources : liens détaillés en fin d’article.
Questions fréquentes sur ReachLocal, Yodle, Geolid et les Pages Jaunes
Qu’est-ce que ReachLocal et Yodle ?
Deux entreprises américaines, créées au milieu des années 2000, qui vendaient de la publicité sur les moteurs de recherche (surtout Google) aux petites entreprises locales, avec des commerciaux de terrain, un abonnement et un suivi des appels. ReachLocal a atteint 514 millions de dollars de chiffre d’affaires en 2013 ; Yodle plus de 200 millions en 2015. Les deux ont été rachetées en 2016, par Gannett et par Web.com.
Quel trou de marché ReachLocal et Yodle ont-ils exploité ?
L’écart entre le comportement des consommateurs et les budgets des annonceurs. Les consommateurs cherchaient déjà les entreprises locales sur Google, mais, selon Borrell Associates, seulement 11 % des budgets publicitaires des petites entreprises américaines allaient en ligne, alors qu’elles ont dépensé 60,5 milliards de dollars en publicité locale en 2008. Beaucoup ne savaient pas acheter elles-mêmes de la publicité en ligne.
ReachLocal et Yodle ont-ils tué les Yellow Pages ?
Non, ils ont accéléré leur déclin. Le déclin des annuaires américains s’explique d’abord par le passage des consommateurs à Google puis au smartphone, par la dette des éditeurs et par la récession de 2008-2009 : Idearc et R.H. Donnelley ont fait faillite en 2009. ReachLocal et Yodle ont donné aux annonceurs un moyen concret de transférer leurs budgets.
Qui a fondé Geolid ?
Trois jeunes diplômés d’EM Lyon : Gautier Cassagnau, président, Mickaël Cabrol, directeur commercial, et Guillaume de Neuvier, directeur technique. La société a été immatriculée à Lyon le 19 mai 2008.
Geolid s’est-il inspiré de Yodle ?
Oui, selon la presse de l’époque. En 2010, le magazine Lyon Entreprises écrivait que « Geolid a pris modèle sur Yodle et Reachlocal », avec l’objectif de concurrencer les Pages Jaunes. L’offre a ensuite convergé vers celle de Yodle : d’abord une quarantaine d’annuaires locaux thématiques avec suivi des appels (2010), puis, en 2013, un site clé en main, des annonces Google, un suivi des appels et un abonnement, vendus par des commerciaux de terrain.
Pourquoi PagesJaunes était-il fragile vers 2008 ?
Pour trois raisons : une dette nette de près de 1,9 milliard d’euros après le LBO de 2006 et un dividende exceptionnel d’environ 2,5 milliards ; une dépendance à l’annuaire papier, qui pesait encore plus que l’internet en 2008 ; et un mobile encore marginal (1,2 million de visites par mois sur 72 millions), alors que Google Maps arrivait en France en 2007 et que les smartphones allaient faire basculer la recherche locale vers Google.
Quand l’annuaire papier des Pages Jaunes a-t-il disparu ?
La dernière édition des PagesBlanches est parue en 2019 et celle des PagesJaunes en 2020. Selon CFTC Media Plus, le nombre d’annuaires imprimés était passé de 57 millions d’exemplaires en 2007 à 9 millions en 2018.
Le modèle de revendeur de publicité Google est-il encore viable ?
Il s’est fortement réduit depuis que Google propose des outils en libre-service aux petites entreprises (AdWords Express en 2011, Google My Business en 2014, campagnes intelligentes en 2018). Les acteurs qui ont survécu ont élargi leur offre (site, avis, gestion des fiches, accompagnement) ou changé de cible, comme Geolid avec les réseaux d’enseignes.
Sources & méthode
Sources primaires (consultées le 30 septembre 2026) :
- ReachLocal : prospectus S-1 (décembre 2009) ; introduction en Bourse (mai 2010) ; partenariat avec Google (avril 2011) ; résultats 2013 ; résultats 2015 ; rachat par Gannett (juin 2016) ; entretien avec Zorik Gordon (VatorNews, mai 2011) ; Renaissance Capital (mai 2010).
- Yodle : prospectus S-1 (juillet 2014) ; Knowledge@Wharton, récit des cofondateurs (avril 2016) ; TechCrunch (janvier 2009) ; Forbes (décembre 2008) ; rachat par Web.com (février 2016) ; Street Fight (février 2016) ; entretien avec Ben Rubenstein et John Berkowitz (Sramana Mitra, octobre 2012) ; entretien avec la dirigeante de ReachLocal (Street Fight, mars 2015).
- Yellow Pages et marché américain : R.H. Donnelley, présentation investisseurs (2005) et dépôt de bilan (mai 2009) ; faillite d’Idearc (CBS, mars 2009) ; BIA/Kelsey, prévisions des médias locaux (DOJ, 2019) ; BIA/Kelsey et ConStat (mars 2010) ; fin de la distribution des pages blanches (octobre 2010) ; comScore (janvier 2010) ; Pew Research, 2011 et 2013 ; Google Maps mobile (TechCrunch, mai 2011) ; lancement d’AdWords Express (Google, juillet 2011).
- PagesJaunes et Solocal : document de référence 2006 (LBO) et documents de référence 2008 à 2012 ; Autorité de la concurrence, avis 10-A-29 sur la publicité en ligne (décembre 2010) ; arrivée de Google Maps en France (avril 2007) ; Solocal revendeur Google (2015) ; suppressions de postes (2018) ; fin des annuaires papier (Graphiline, 2019) ; Solocal tourne la page des annuaires (CFTC Media Plus) ; application iPhone de PagesJaunes (iGeneration, décembre 2008) ; CFE-CGC Orange sur le LBO (2024) ; prise de contrôle par Ycor (2024) ; résultats 2025 de Solocal (février 2026).
- Geolid : Lyon Entreprises, levée de 1,8 M€ et modèle Yodle–ReachLocal (mai 2010) ; Lyon Entreprises, croissance (mai 2013) ; levée de 10 M€ (2015) ; FrenchWeb, janvier 2013 et novembre 2013 et 2016 ; levée de 15 M€ (ChannelNews, 2018) ; Stratégies (2019) ; repositionnement « Brand to Local » (2023) ; registre officiel des entreprises ; Les Échos Entrepreneurs.
- Sun Tzu, The Art of War, traduction de Lionel Giles (1910), MIT Classics.
Méthode. Les chiffres proviennent en priorité des documents boursiers (prospectus S-1, rapports annuels, documents de référence), des communiqués des entreprises et de l’Autorité de la concurrence ; pour Geolid, société non cotée, des chiffres communiqués à la presse. Les marges brutes de ReachLocal sont calculées par l’auteur à partir des comptes publiés. La lecture Sun Tzu et l’analyse de l’offre sont des appréciations de l’auteur. Les encadrés « Vu de l’intérieur » relèvent du témoignage personnel et ne contiennent aucune donnée confidentielle. Cet article a été préparé avec l’aide d’un assistant IA pour la recherche documentaire ; chaque fait a été vérifié sur sa source.
Précautions de lecture :
- Les dates de création de ReachLocal et de Yodle varient d’un an selon les sources (immatriculation, lancement commercial) : les deux sont indiquées.
- Les chiffres d’affaires de Geolid sont déclaratifs et s’arrêtent en 2019 ; pour 2026, seule la tranche d’effectif du registre officiel (20 à 49 salariés) est disponible.
- Les chiffres de Borrell Associates repris par ReachLocal ne portent pas tous sur la même année ; ils sont cités séparément.
- Aucune série officielle ne retrace année par année le chiffre d’affaires des Yellow Pages américaines : seuls des points de repère datés sont cités.
Transparence : l’auteur a travaillé chez Pages Jaunes de 2003 à 2011, puis chez Geolid de 2011 à 2017. Il n’a plus aucun lien avec ces entreprises. Il est aujourd’hui cofondateur de Tabulio, logiciel SaaS de création de cours pour les formateurs, sans rapport avec la publicité locale. Aucun lien commercial avec ReachLocal, Yodle, Gannett, Web.com, Solocal ou Google.
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